Abri portatif d'urgence

Idées, témoignages, conseils de terrain et questions à propos des activités et des techniques scoutes.
Répondre
Scout2coeur
Messages : 4
Enregistré le : 26 août 2017, 12:07

Abri portatif d'urgence

Message par Scout2coeur » 22 sept. 2017, 23:08

Sans doute plus personne ne s’en souvient : dans les années 1980, il y a maintenant près de 35 ans, un groupe de jeunes scouts a été surpris en massif de Vanoise par une tempête de neige au cours d’une randonnée d'automne et certains sont mort d’hypothermie dans leurs duvets, en pleine neige, par inexpérience et à défaut d’un matériel adéquat.

S’ils avaient disposé du simple matériel de fortune que je vais décrire ici, ils auraient survécu car il permet de tenir 48 h00 dans une tempête de neige (je l’ai personnellement testé en solo pendant 3 jours dans une tranchée à neige sur un sommet à 2600 m en conditions hivernales rigoureuses et quasi « infernales », avec un vent à décorner les bœufs : et je suis toujours là).

Il est très simple, rustique, peu coûteux et d’un emploi facile. Tenu en permanence dans le fond de sac, il ne pèse pas lourd et ne tient que peu de place si bien compressé. Il suffit de le fabriquer une fois avec soin, et il reste disponible toute une « carrière » de montagnard.

Il faut se procurer :

– 1 pack de sacs poubelles de 200 litres minimum, très très épais.
– 12 couvertures de survie (modèle fin type Décathlon, à moins d’un euro la couverture).
Ces couvertures de survie sont très fines et fragiles mais cela ne constitue pas un problème.
Par contre surtout pas de couverture plastifiée épaisse : elles ne servent strictement à rien en montagne.
– 4 à 8 bougies (4 bougies permettent de tenir une nuit complète)
– Du papier aluminium de cuisine
– Un rouleau de ruban adhésif waterproof (résistant à l’eau – Se trouve dans tous les magasins type Weldom, Bricomarché, etc)
– 2 bouts de cordelette de 2 m chacun
– 2 Ficelles
– 2 petites balles de ping-pong
– Une rondelle de bois (contreplaqué) de 3 cm x 3 cm, percée d’un clou, avec un petit manche en bois collé à la colle Araldite ou glue3 en dessous (genre porte-cierge)
– 2 briquets (à toujours avoir dans le sac en hiver)


1/ Découper assez de sacs poubelles pour former 2 bâches d’une surface chacune de 16 m2 au minimum (soit 4 x 4 m)
2/ Assembler les pièces formant chacune de ces bâches avec du ruban waterproof (les deux faces recto-verso de jointure doivent être enrubannées, et chaque pièce légèrement superposée à sa voisine en forme de tuiles)
3/ Une fois ces 2 bâches disponibles, former avec les 12 couvertures de survie 3 bâches identiques aux bâches de sacs poubelles plastique (chaque bâche devrait utiliser 4 couvertures)
4/ Assembler (avec le ruban waterproof collé sur les bords – et uniquement sur les bords) les 2 bâches de sacs poubelles avec les 3 bâches de couverture de survie pour former une pile « sandwich » (les 2 bâches de sacs poubelle étant bien entendu à l’extérieur du « sandwich » et les 3 bâches de couverture survie à l’intérieur, toutes orientées dans le même sens = point très important)


L’abri ainsi constitué comporte 5 cloisons dont 2 étanches et coupe-vent + 3 thermiques ; il comporte en outre 4 compartiments d’air (sans même compter l’espace intérieur de l’abri), l’air non venté étant le meilleur des isolants (raison pour laquelle un igloo de neige est si confortable).
Il faudra apposer une marque quelconque sur la face intérieure de l’abri, en fonction du sens d’orientation donné aux 3 couvertures de survie (afin qu’il conserve la chaleur du corps)

Il suffit ensuite de le plier calmement et lentement une fois pour toutes et de le comprimer dans un sac plastique bien fermé pour qu’il ne tienne quasiment pas de place dans le sac à dos (quant au poids, il est bien entendu dérisoire). Il ne sera jamais déplié sauf en cas de besoin ou pour vérifier son état (tous les 2 ou 3 ans)

Une fois l’abri fabriqué : utiliser le papier aluminium de cuisine (plusieurs feuilles épaissies par superposition) pour former un cylindre, et « l’emballer » avec la rondelle de bois cloutée, de manière à obtenir une sorte de « cierge creux ». En cas de besoin, il recevra la bougie ou demi-bougie de chauffage (plantée sur le clou) et le papier alu autour évitera toute brûlure de l’abri ou de la main qui le tient.
Ce cierge « creux » en papier alu ne pèse rien et se cale sans pb dans le fond du sac.
Il permettra, si besoin, de chauffer l’abri : la température que peut atteindre une bougie dans ce genre de petit igloo de plastique est aussi importante que surprenante (le cierge de papier alu étant là pour prévenir toute brûlure ou inflammation de l’abri).


En prévision de conditions particulièrement ventées, les deux balles de ping-pong serviront à fabriquer ce que les suisses appellent des « couilles » : A chaque extrémité de la grande bâche « sandwich », on enveloppe une balle de ping-pong avec le coin de la bâche et on fixe avec une ficelle. Une fois ceci fait, on attache une cordelette de 2 m à chaque balle de ping-pong. Au bout de chaque cordelette, on fixe un mini mousqueton (un simple mousqueton de fantaisie suffit, il ne supportera aucune charge).
Ce dispositif est prévu pour que dès la mise en place initiale de l’abri, le montagnard fixe immédiatement les deux mousquetons à sa ceinture ou à tout autre équipement personnel fixe : de cette manière, et quoi qu’il arrive, son abri ne pourra jamais s’envoler et lui échapper (il ne s’agit pas d’une précaution superflue : au cours d’un bivouac à 3000 m sous le Pain de Sucre, dans le Queyras, au petit matin j’ai eu un sac à dos emporté par le vent alors que je ne l’avais pas attaché, grave erreur : il contenait mes chaussures, des Mendle perfect d’un poids respectable en plus de mes provisions. J’ai eu beaucoup de chance de me réveiller à ce moment-là, de m’en apercevoir et de pouvoir le récupérer alors que la neige commençait à le recouvrir). Ce jour-là, même allongé sur le sol dans mon duvet et mon sursac, le vent arrivait à me pousser légèrement (je pèse 80 kg et ma prise au vent était très faible puisque allongé sur le dos).


L’ensemble de ce dispositif ne pèse quasiment rien au fond du sac, et bien comprimé/disposé, il n’encombre pas. Il permet à tout randonneur alpin surpris par le mauvais temps d’être en sécurité dans nos Alpes : il s’agit tout simplement d’un igloo portable. Il ne coûte quasiment rien et ferait bien ricaner un adepte du matos haut de gamme « dernier cri », mais il peut vous sauver la vie.

La surface de 4m x4m est importante à respecter (jamais moins), car il faut considérer que vous aurez votre sac à dos à protéger, et besoin d’une bonne surface pour vous emmitoufler hermétiquement dans cet igloo portatif. De plus, cet abri peut toujours servir à abriter en plus de vous quelqu’un qui n’en aurait pas.

Avec cet igloo personnel, vous pouvez vous trouver coincé seul par une tempête hivernale brusque entre deux cols à 2 ou 3h de marche de tout abri, ceci sans problème : si vous l’installez dès le début, vous resterez au sec et au chaud, bien à l’abri. Il vous évitera de marcher sous le neige dans l’urgence pour tenter de vous en sortir coûte que coûte et donc d’être mouillé, puis finalement épuisé et humide, donc spécialement vulnérables à l’hypothermie (l’expérience montre que dans ce genre de situations, la visibilité est généralement très réduite et marcher à l’aveugle n’est pas la meilleure des solutions).

Personne n’est bien entendu obligé d’aller faire du bivouac hivernal en conditions hivernales extrêmes. Mais même en cas de randonnée itinérante d’automne dans des massifs tels que la Vanoise (et d’une manière générale toutes les Alpes du Nord), le danger est bel et bien présent : la triste histoire des scouts dont j’ai parlé le prouve. Si chacun d’eux avait eu cet abri qui ne coûte rien à fabriquer qu’un peu de patience et de minutie, n’encombre pas et ne pèse rien, ils en auraient été quittes – et leur famille avec – pour une petite nuit d’angoisse mais ils seraient encore là : le montagnard dispose d’un radiateur de sécurité exceptionnel chauffé à 37° en permanence, lui-même. Il suffit d’employer les bonnes astuces pour garder cette chaleur et rien de grave ne peut jamais arriver sur ce plan (par contre, fatigue + humidité + vent + froid = hypothermie à brève échéance, surtout quand arrivent 2 ou 3h du matin et qu’on s’endort)

Autre astuce à utiliser : se procurer 2 bonnets de montagne usés, dont un plus fin que l’autre, et les coudre ensemble en mettant entre les deux une doublure (un simple morceau de couverture de survie, doublé). La déperdition de chaleur par la tête représente l’essentiel du refroidissement. Vus par une caméra thermique, nous sommes une véritable cheminée ambulante : le simple fait que la chaleur ne puisse pas s’échapper suffit à la faire stagner au niveau de la tête et à réchauffer la nuque. Ce petit « double bonnet » mis avec l’abri garantit une sécurité supplémentaire pour quasiment aucune dépense : il est facile de se procurer deux vieux bonnets même troués dont personne n’a plus l’usage.


EDIT
Deux précisions :

1°/ Il est important, lorsqu’on fixe les 5 bâches ensemble, de bien « scotcher » hermétiquement avec le ruban adhésif waterproof tout le périmètre du « sandwich »: de cette façon, lors de l’utilisation, l’air emprisonné entre les 5 couches restera statique et sera réchauffé par votre chaleur corporelle : vous aurez créé votre propre usine à retour de chaleur (le bon vieux principe de l’édredon suisse).
Pendant la fabrication, il est utile de faire en sorte que les 5 bâches soient bien lisses (à faire sur une grande surface bien dégagée), pour faciliter éviter l’effet « baudruche » qui peut gêner le conditionnement (inutile de préciser que celui-ci doit être fait avec minutie et sans précipitation puisqu’il s’agit d’un matériel de survie et qu’on ne l’emballe/déballe pas tous les jours : ça va prendre une bonne demi-heure à comprimer au maxi et à enfermer dans un sac plastique sanglé, mais quand c’est fait, c’est fait : on se retrouve avec une galette carrée qui ne pèse quasiment rien)

2°/ Cet abri ne remplace pas le matériel que requiert un bivouac, en fonction de vos moyens financiers : c’est simplement un « plus » qui vous assure la présence d’une bulle d’air chaud autour de vous.
D’une manière générale, il est prudent de toujours emporter un sursac en plus de son duvet, en privilégiant les sursac en goretex ou assimilé « respirant », rigide et épais sur toute leur surface même – et surtout- le fond (pas de sursac trop léger, avec le fond simplement « enduit »). Inconvénient : ils sont plus lourds, encombrants et assez chers.


Bien sûr, on pourra dire : pas la peine de se fabriquer soi-même un abri d’urgence, ça existe dans le commerce
https://www.amazon.fr/dp/B073F81RSP
https://www.expemag.com/article/materie ... rtik-tupek

Mais :
– ou on paie ça quasiment rien et c’est vraiment du « léger », ou on paie ça une fortune et c’est fragile
– pas vraiment efficace dans tous les cas : on ne retrouve pas le concept si important de la bulle d’air chaud entourant le corps comme un « second corps » : il faut juste un peu d’espace entre le corps et cette bulle, mais en même temps pas trop. Les abris du commerce ne font que couper le vent, ils ne donnent pas une bulle d’air aussi efficace car l’espace entourant le corps est beaucoup trop grand pour que l’air, à mesure qu’il se refroidit, puisse être réchauffé rapidement par la chaleur corporelle naturelle : or, ce cycle rapide de réchauffement est le but essentiel à obtenir puisque vous êtes par définition à la fois le radiateur et le « radiaté ».
– les tissus modernes ne peuvent pas remplacer l’extraordinaire effet d’isolation thermique de plusieurs couches d’aluminium emprisonnant elles-mêmes plusieurs couches d’air (c’est l’effet magique des couvertures de survie)
– Ils ne sont pas indéfiniment imperméables et malgré toutes les « pubs » du monde, ils finissent toujours par laisser passer l’humidité. Le sac poubelle (type épais, 200 litres) fait « clochard » mais il est aussi léger et ne laisse jamais rien passer, or vous en avez deux couches avec l’abri.
– pas la même souplesse d’emploi : l’igloo « portable » est efficace aussi bien contre la pluie, la grêle ou la neige, il reste utilisable partout et dans toutes les positions, dans un creux de rochers, sous un sapin, dans un trou à neige, etc
– pas la même rusticité d’emploi : au cours d’une utilisation d’urgence sous un sapin, vous avez fait un petit trou dans une des surfaces du sac poubelle ? Un morceau de ruban waterproof collé en deux secondes au retour et le pb est définitivement réglé

L'éventuelle condensation sera très réduite car par définition on ne bouge pas et il se produit un équilibre entre chaleur perdue et condensation : tout au plus, le matin, la paroi de l'igloo portable sera légèrement humide, comme l'est d'ailleurs celle d'un véritable igloo de neige, mais sans gêner son pouvoir isolant thermique

Répondre